Les-Cloches-Eglise-De-Ruaux

Publié le par Le Ruaudais d'adoption

  Les cloches de L'Eglise de Ruaux

 - Je suis actuellement le seul objet classé à Ruaux -   

   Souvenirs    

           Je viens de fêter mon 243ème  anniversaire, comme l’atteste mon acte de « baptême » inscrit en mon flanc « sur deux lignes entre filets, en lettres capitales de 17 mm :

 

+L’AN 1776 AV MOIS DE SEPTEMBRE IAY ETE BENITE ET NOMMEE PAR HAVTE ET PVISSANTE DAME MADAME GABRIELLE (main pour envoi à la 2ième ligne)

 MARGVERITE COMTESSE DE LENONCOURT DAME ET SECRETTE DE L’INSIGNE CHAPITRE DE REMIREMONT. (1).

 

        « La dame secrète « sacrista » était la troisième dignitaire du Chapitre de Remiremont », « élue à la pluralité des voix, (elle) a la responsabilité matérielle de l’église et de son trésor, sa décoration, son entretien, sa garde, elle veille sur les ornements, les vases sacrés, les reliques et le mobilier de l’abbatiale. « elle avait soin aussi de tout ce qui concernait la sacristie. A ce titre elle nommait trois sacristains qui servaient sous ses ordres, le clocher, responsable de la sonnerie des cloches, l’horloger, le marguillier (veille à la construction et aux réparation), et la lingère ». « Elle avait la garde des clefs de l’église et de la Vierge du Trésor ». (A)

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         Au dessus de l’inscription, je suis décorée d’une frise de palmettes et de rinceaux ; au dessous, une suite de feuilles d’acanthe couplées renversées et disposées de distance en distance (six sur la circonférence). (2) Dans mon évasement inférieur, je porte trois ornements : le Christ en croix avec Madeleine aux pieds ; la Vierge à l’enfant couronnée, un sceptre à la main ; un évêque crossé et mitré. » (1)… « Ces trois motifs sont posés sur une feuille d’acanthe renversée formant console ». (2)

 

         Je mesure 95 cm de haut et j’ai un diamètre inférieur de 115cm, je donne un peu plus bas que le fa… (M. Emile François, organiste à Dommartin lès Remiremont. (1)

         J’ai vécu ma prime jeunesse dans le clocher  de l’abbatiale de Remiremont, et c’est grâce à Madame la Marquise de Lenoncourt, Grand Maîtresse de la Princesse Charlotte de Lorraine que je dois d’exister : « elle a voulu donner un ornement à l’église ». (3)

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      Je faisais alors partie d’une sonnerie de quatre grosses cloches, nous en remplacions d’autres qui furent toutes fondues en cette année 1776. J’étais la plus petite, la plus grosse pesait 5000 livres, la seconde 3200, la troisième 2115 et moi-même 1579 livres, soit 773 kg. environ. La livre au moment de la Révolution valait 489,5 grammes. (4) Nous figurons dans l’inventaire  du mobilier du chapitre du 9 octobre 1790. (1).

      

         Pour La petite histoire sachez que la fonderie de la Branleure sur la Semouse, commune d’Aillevillers a fabriqué en 1678 un battant pour une des deux cloches que l’on fit fondre pour l’abbatiale de Remiremont «par Jean Thouvenel, maître fondeur, et son frère (à Outremont en Haute – Marne),pour le prix de 368 fr. », en effet « on paya de plus 43 fr., 4gr.(gros) au sieur Noirepouldre, maître de la fonderie de la Branleure pour un battant neuf à l’une desdites cloche, » (1-a)

 

         Quand arriva la Révolution, période des plus troublée, notre clocher étant en reconstruction, nous avions été déposées.

 

         Les biens du clergé déclarés biens nationaux (02-11-1789), vinrent ces lois et arrêtés visant à la réquisition des objets en cuivre et bronze, dont le métal des cloches, … pour la fabrication de canons et monnaies. « L’ennemi des cloches, c’est la guerre », nous étions « un des symboles d’une religion que l’on voulait faire disparaître ». (5)  « On réclama les cloches…on ne laissa dans la tour dévastée que la cloche indispensable pour donner l’alarme ou convoquer les citoyens. (23 juillet 1793) ». (6) … « avec interdiction, de sonner pour les services religieux, cela jusqu’au Concordat de 1802 ». (6)  Ainsi, « le poids total des cloches des établissements supprimés envoyées à la monnaie  Strasbourg, est de 23.744 marcs, soit11.872 livres ». (5811 t.344.). (4) et, « de1791 à1794, Metz stocka 854 cloches (292t. de bronze) réquisitionnées en Meuse, Moselle,  Ardennes et Vosges,…fondues pour faire des canons…ou de la monnaie de billon… », Anciennement toute pièce de monnaie faite d’un alliage pauvre en métal précieux (B)  (13).

 

         «Quelques municipalités dont les cloches étaient en mauvais état ou dont les sonneries étaient insuffisantes purent les échanger avec d’autres provenant d’établissements religieux supprimés ». (7)

 

         C’est ainsi que dans cette tourmente, mes deux plus grosses sœurs « furent envoyées en 1792 à la monnaie de Strasbourg.La troisième, après avoir été attribuée à la commune de Rupt-sur-Moselle, fut envoyée à Metz pour être fondue le 17 prairial an II ». (1). (06.06.1794).

        

Le14 novembre 1791 « contre une cloche de 830 livres » (8)., je « fus échangée par arrêté du département du 9 novembre 1791 » (1) avec la communauté de Ruaux, ou depuis je demeure dans votre clocher, et ou je suis «la grosse cloche de la sonnerie paroissiale, …  sous le non de ‘cloche des Dames’. (1), ainsi reconnue par vos anciens de par mon origine du Chapitre de Dames nobles de Remiremont.

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         A la Révolution, Ruaux possédait trois « cloches pesant ensemble 2950 livres, dont une de 400 livres [R.Conilleau mentionne 200 livres (7)]  dans une chapelle » (ADV, 9Q) déclaration du 11.11. 1793 (4) … deux … furent transportées à Strasbourg… » (7).Ruaux, annexe alors de la paroisse d’Aillevillers, Haute –Saône, diocèse de Besançon, avait cette ‘chapelle’ pour lieu de culte avant la construction de l’église en 1783, le curé d’Aillevillers donnant en cette année par acte écrit (13.03.1783), un vicaire résidant, se réservant toutefois quelques redevances et dîmes.La chapelle fut par la suite démolie, « en 1824, M. Grosjean, docteur en médecine, inspecteur des eaux minérales à Plombières, écrit, dans un rapport sur le mauvais état du cimetière…: « son encombrement sur plusieurs points, par les pierres produites de la démolition de l’ancienne église et de la construction de celle actuelle… ». (9) 

 

Mon  échange fut soumis à condition et quelques délibérations en font état :

« 22 janvier 1792 - M. le curé avec (les) autres membres du conseil doivent indiquer les terrains      communaux à aliéner pour l’échange (des) cloches ».

« 19 mars 1792 -Adjudication des terrains pour l’achat d’une cloche, d’après l’arrêté du Directoire du département (du) 9 septembre 1791, signé Poulain, Grandpré, (Lepraige), Fournier et Denis ».

«  13 mai 1792 - Vente de terrains pour achever paiement de la cloche provenant du ci-devant chapitre de Remiremont ».

« 7 août 1792 - An 1er 6 heures du soir. Le conseil décide que la monnaie du métal des cloches se montant  à la somme de 50 livres, serait employée aux besoins de la communauté ».

«  (19) juin 1793- ….11°. La commune doit à ce qu’elle a oui dire, 1123 livres 10 sous pour l’échange d’une cloche avec le district de Remiremont, le maire de 1792 n’ayant pas rendu de comptes ».

« 3 janvier 1794 (14 nivôse an 2, 6 hommes sont nommés pour descendre une cloche de notre clocher dans le plus court délai : Claude Maurice, Jean François Bernardin, Joseph Bonnard, Jacques Colin Jacques Daval et Pierre François Laguerre ».

« 23 février 1794- Demande le procès verbal au sujet de la cloche, promesse d’en envoyer une  de suite à Libremont ».

                                                                                                                                                  

« 11 mai 1794 – (22 floréal an 2). Pétition au district de Libremont et au département des Vosges pour réclamer un titre passé le 14 septembre 1791 par cette commune portant la somme de 823 livres 18 deniers pour la bien value de la cloche échangée à Libremont le 14 septembre 1791. (En marge : cloche de Ruaux valait 823 livres 18 deniers de + que celle de Remiremont) ». (10)

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      Tout cela, si lointain, s’embrouille en ma mémoire.

         Nous étions restée deux cloches dans le clocher, mais bientôt fut réclamée ma  

         comparse, elle alla rejoindre celle de la chapelle déjà partie, à Strasbourg, si mes

          souvenirs sont exacts.

 

 

         Je restai seule, Révolution, Consulat, Empire, Restauration…le temps passa, de meilleurs jours revinrent. «  Le 17 janvier 1817 le conseil municipal délibère au moyen d’avoir une cloche »,… et le « 15 mai 1817. …14°-   que la commune n’ayant qu’une cloche pour réunir les habitants aux offices et les prévenir en cas d’alarme, il conviendrait de s’en procurer une comme on avait auparavant » (10), et encore  le 15 mai 1818.La commune ne possédant qu’ « une faible cloche (merci pour moi), pour prévenir les 200 chefs de famille disséminés sur une surface de 3 myriamètres de circonférence, il conviendrait de s’en procurer une seconde ». (9).

 

         Mais le14 mai 1820, « …Aujourd’hui le conseil ainsi qu’une grande partie des habitants (jugent) qu’il serait plus à propos et plus urgent pour toute la commune d’en avoir deux petites inférieures à celle qui existe actuellement au dit Ruaux. …  (11), puis le«  17 août 1820, proposition d’achat de 2 petites cloches au lieu d’une… .On prie le Préfet d’autoriser à faire venir un fondeur pour passer marché ».

 

      Le traité est passé le 20octobre 1820 avec le sieur Goussel fondeur, autorisé par M. le préfet en date du 22 mai 1821. Les cloches ont été pesées, la plus grosse 653kg, la petite 469 kg 5 à raison  de 3fr 80 l’un, prix fixé par traité qui donne une somme  totale de 4265fr.

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Le payement se fit  sur le fond du quart de réserve de la forêt, autorisé de vente par le roi, le 27octobre 1819, ce que la commune avait proposée suivant la délibération du 17 janvier 1817 et reprit le14mai 1820.( 11).Une partie a été adjugée le 17 janvier 1820, pour 2500 livres, effectué en trois fois , le dernier versement fut réalisé le 15 mars 1822.

 

         Les cloches avaient été fondues avant l’autorisation du préfet car, il est fait mention par ailleurs : « 15 mai 1821. Les cloches faites par J-Bte Goussel, pèsent la grosse 628 kg, la petite 455kg, à 3 fr 80 le kilogramme soit 4115 fr 40 plus 123 fr et un louis pour frais au sieur Goussel » (10), et leur poids fut par la suite contrôlé.

 

         La famille Goussel est originaire de Champagne, en 1803, ils étaient déjà fondeurs de cloches ou saintiers à Blevaincourt, petite commune de l’ouest vosgien, canton de Lamarche, près de Robécourt, ou se trouve encore de nos jours les anciennes fonderies  de cloches, construites au milieu du XIX° siècle, avec l’arrivée du chemin de fer.Trois fondeurs se sont succédés : le fondateur Honoré Perrin-Martin de 1847 à 1873 puis Ferdinand Farnier et son fils Georges Farnier jusqu’en 1939, date de la fermeture définitive  de la fonderie. (Classée monument historique. Association ‘ Fonderie et Clochers du pays de Robécourt’)

 

         Jean François Goussel succèdera à son père à Blevaincourt, puis s’installera à Metz à partir de 1850. Goussel frères sont donnés fondeurs à Metz, Auxerre et Champigneulles (12)

C’est ainsi, après bien du temps ,1817-1821, des délibérations et tergiversions, que vinrent me rejoindre mes deux nouvelles sœurs.

 

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         La grosse cloche de J-Bte Goussel, 628 kg, mesure 0m83 pour un diamètre de 1m02. Elle porte sous une frise sur quatre lignes entre filets ; le dessin d’une main renvoi de la 1ière  ligne à la2ième et ainsi à la 3ième (//), inscrit en lettres capitales de 18 mm:

 

 L’AN 1821 AU MOIS DE MAI J’ETE FONDUE ET BENITE PAR M.R SEBASTIEN REMY DEMANGE CURE DE LA PAROISSE DE RUAUX * JE M’APPELLE CATHERINE * J’AI EU POUR PARRAIN M.R CLAUDE ANTOINE GEORGE OFFICIER EN NON ACTIVITE * ET POUR MARRAINE DAME CATHERINE VILEMIN, EPOUSE DE M. JACQUES TISSERANT OFFICIER RETRAITE * SEBASTIEN THIRION MAIRE en 4ième ligne.

       

 Sous le dernier filet de l’inscription sont répartis sur le pourtour de la cloche quatre têtes d’ange (3cm5 sur 8cm) [ses mesures (cm) sont données approximativement] séparées par deux feuilles (5cm sur 4cm) également  espacées, stylées et renversées ; et au bas, entre filets GOUSSEL PERE ET FILS FONDEURS en lettres capitales de 12mm.

 

         Elle est décorée de plusieurs éléments : de chaque coté centrée une fleur de lis (7cm sur 4cm5), emblème de la royauté, Louis XVIII règne alors, et de trois motifs sur une console touchants le filet inférieur portant le non du fondeur :

le Christ en croix, (6cm5 sur 18cm), sous une des fleurs de lis ;

Saint Joseph certainement (6cm5 sur 15cm5), palmes dans la main gauches et bénissant de la main droite levée ;

La Vierge Marie (11cm sur 6cm5) couronnée, la console de cet ornement est une tête d’ange aux ailes déployées. 

Marie Madeleine au pied du Christ en croix (7cm sur 21cm), en console terre au deux clous figés en elle ;… à l’opposé,

Saint Jean-Baptiste portant la bannière: AGNUS DEI (7cm sur 12cm) du bras droit et l’Agneau à ses pieds, le bras gauche levé bénissant deux doigts dressés ;… à sa gauche,Saint Joseph portant l’enfant Jésus sur le bras gauche, palmes dans la main droite (6cm sur 15cm), console marquée : ST JOSEPH ;… à l’opposé

Vierge portant des deux bras l’enfant Jésus sur le côté gauche (6 cm sur 12 cm), en console nuage avec le serpent  écrasé par la Vierge.

 

         Voici le marché pour la refonte de la petite cloche, passé entre le maire Baumont Jean-Baptiste, et Farnier frères, fondeurs de cloches domiciliés à Robécourt (Vosges).

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         « Par le présent les sieurs Farnier s’engagent à refondre la petite cloche de l’église paroissiale de Ruaux estimée du poids de 450 kg moyennant le prix de 1franc par kg de bronze. Cette cloche devra être remise au poids ci-dessus aux frais des fondeurs, tout en leur accordant une tolérance de 20 kg en plus ou en moins pour l’exécution du travail. Si la nouvelle cloche pèse plus que l’ancienne jusqu’à concurrence du poids de 470 kg tolérance comprise, il sera payé aux fondeurs trois francs par kg. de bronze de première qualité, et passé ce poids total les fondeurs ne pourront pas réclamer le paiement du surplus.Si au contraire, la nouvelle cloche pèse moins que l’ancienne, les fondeurs rachèteront la différence du poids de bronze au prix de deux franc par kg. La nouvelle cloche devra être remise en accord et en harmonie avec les cloches  actuelles, de manière à former un accord de tierce majeure en donnant la note la du diapason normal.

 

         Les fondeurs fourniront en autre à la cloche neuve un battant en fer forgé et tourné, ajusté et monté avec chapes en cuir et en fer et boulonné, pour le prix de 35 fr

 

         La nouvelle cloche et son battant seront rendus franco en gare de Plombières aux frais des fondeurs. La cloche fêlée sera reprise à la même gare

.

         Les frais de transport de Ruaux à la gare de Plombières pour l’ancienne et la nouvelle cloche, aller et retour, ainsi que les frais de descente de la cloche fêlée sont à la charge de la commune.

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         Les fondeurs se chargent du montage et de la pose de la cloche neuve pour une somme de 30 fr, à la condition que la commune leurs fournira tous les hommes nécessaires pour les aider et livrera les passages » pour cette opération.

 

         La nouvelle cloche sera remontée avec les anciens accessoires et elle sera décorée gratuitement des inscriptions et d’ornement  d’usage gravés en relief

.

         Les fondeurs garantissent la durée de la nouvelle cloche et de son battant pendant 10 ans à partir du jour de la pose… (11).

 

         Mais, avant l’arrivée de cette petite nouvelle, nous avions connu un autre événement marquant pour notre clocher :

 

           La première horloge, événement qui s’officialise avec cette délibération du 3 août 1879 et que le conseil municipal justifie ainsi : 

           …« L’horloge surtout est d’un besoin réel, soit pour régler les heures de police dans les débits de boissons de la localité (le manque d’heure officielle ayant déjà occasionné des difficultés à ce sujet,) soit pour la régularité dans les heures des offices religieux : le curé, desservant aussi la Chapelle de Sémouze, il arrive le plus souvent que la messe paroissiale n’a lieu qu’à onze heures et cela est une gène pour les habitants éloignés de 3 et 4 Km du centre ; après l’établissement de l’horloge, il y a lieu d’espérer qu’on obtiendra des heures régulières et plus convenables à la population dans la célébration des offices. »

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Le 20 juillet 1880, le conseil municipal autorise le maire à traiter avec MM. Germain père et fils horloger mécanicien à Nançy pour la fourniture d’une horloge de clocher à Ruaux pour une somme de 2000Fr. Registres des délibérations. (11)

 

         Nous qui n’étions alors tributaire que du sonneur et de ses cordes, nous entrions dans l’ère dite moderne et nous allions dépendre aussi d’une mécanique, mais une belle mécanique, jugez en plutôt, par ce que nous en dit  le marché de l’horloge communale :

 

         …Les sieurs Germain s’engagent à confectionner et à poser au clocher de la commune de Ruaux, une horloge de première qualité. Le châssis de l’horloge aura 1m40 de longueur, sur 0m60 de largeur et0m50 de hauteur. Toutes les roues seront en bronze dur de 1ère qualité. … Cette horloge sera à trois corps de rouage, elle sonnera les quarts doubles, les demies, l’heure et la répétition sur les trois cloches actuelles et devra marcher environ trente heures après remontage des poids. … Fourniture de deux cadrans en tôle  de 1m45 de côté. Le fond sera peint en blanc et les chiffres, minutes et angles noirs ainsi que les aiguilles dont les extrémités seront dorées. Les cadrans seront à minuterie. … L’horloge rendue posée avec tous ses accessoires sera garantie par nous de la marche la plus régulière pendant dix ans. Elle coûtera deux mille francs. … L’horloge devra être posée pour le 1er septembre prochain. … Fait  en double à Ruaux, le 20 juillet 1880…. Le maire Vial.

 

         La somme de deux mille francs est votée à la séance du 12 octobre 1880. … le certificat de réception de Mr. Curvat, architecte à Plombières est daté date du 14 octobre 1880. (11)

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         Après la loi relative à la séparation de l’Eglise et de l’Etat, l’inventaire des biens dépendant de la fabrique paroissiale de Ruaux fut établi le 20 février 1906, nous sommes porté au n°8 : trois cloches estimées 750 fr. (11)

 

         Quelques années plus tard, je fus honorée, et cet honneur ne vaut une certaine pérennité. En effet, par un arrêt rendu à Paris par le ministre de l’instruction publique et des beaux arts : M. Léon Bérard, la commission entendue, j’ai été classée comme objet mobilier parmi les monuments historiques, le deux décembre 1922.

 

         Je suis actuellement le seul objet classé à Ruaux. (10)

 

         C’est en 1953, qu’un autre événement important nous survint :

 

         Notre électrification, nous allions perdre notre sonneur et dépendre entièrement d’une horloge et de moteurs électriques.

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         Suite au désir exprimé par les habitants, relatif à l’équipement électrique des cloches et l’horloge de Ruaux, à l’accord du conseil municipal des 15 et 22 mars, le 4mai 1953, le conseil municipal, prend connaissance des diverses considérations et propositions :

 

         «  Considérant les difficultés rencontrées pour le recrutement d’un sonneur civil, et qu’il y aurait lieu de procéder à l’achat de nouvelles cordes, celles existant actuellement étant pour ainsi dire hors d’usage »… « Considérant que la situation financière de la commune permet l’entreprise de cette installation, une somme de 800.000 francs étant inscrite au budget de 1953 pour l’entretien des bâtiments »…. Le devis des établissements Mamias de Gagny en Seine et Oise est adopté à l’unanimité, outre l’électrification des cloches et de l’horloge, le remplacement des deux cadrans, en tôle émaillée moyennant la somme de 734.000francs.

 

         Les Etablissement Mamias notent que «  Vos trois cloches sont munies de coussinets grain d’orge qui ont paru en bon état ». Les trois cloches pèsent environ 900 kg. 700 kg. et 460 kg. 

 

Le 15 juin 1953, le conseil précise : … «  que cette électrification permettra de supprimer le salaire du sonneur civil, d’atténuer d’une façon sensible l’ébranlement du bâtiment et des charpentes qui résulte de la mise en mouvement des cloches. Ceci est approuvé par la préfecture le 17 juin, « sous réserve que la participation des fidèles, sera versée dans la caisse communale ».

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Car la préfet, après la transmission de la délibération du 4 mai 1953, «avait rappelé que «  conformément aux dispositions réglementaires en vigueur, les communes ne peuvent engager que les dépenses nécessaires à l’entretient et la conversation des édifices du culte les mots «  conservation » et «  entretient » devant être pris dans un sens restrictif et ne comprenant que le maintien des édifices tel qu’il existent, sans amélioration, extension, ni embellissement ».La laïcisation de l‘Etat est passé par là.C’est pour cela aussi, qu’il est fait mention qu’ « une participation importante doit être demandée aux  fidèles ».

 

         Voici le descriptif  que donne le marché de gré à gré pour fournir, transporter et mettre en place :… « Trois appareils de mise en volée, trois appareils de tintement, un dispositif de glas automatique, un tableau de commande complet avec : une minuterie permettant de limiter à volonté la durée des sonneries entre une et quinze minutes.

 

Une horloge mécanique à remontage électro-automatique breveté Mamias, actionnant : un dispositif de sonnerie des heures et quarts sur deux cloches avec répétition de l’heure et de la sonnerie des angélus par séries de trois coups tintés sur trois cloches, suivis de la volée d’une cloche en semaine, avec semainier  angélus donnant les trois cloches en volée le samedi soir, un semainier office, (suivant programme à nous préciser).

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Deux cadrans en tôle émaillée, carrés, de 1m50 de diamètre avec chiffres romains, minuterie blindée, type Mamias, et aiguilles équilibrées correspondantes, avec tringlage nécessaire »…. « garantie : trois années pour le matériel de sonnerie de cloches, cinq années, pour l’horlogerie monumentale, contre tout vices de fabrication et de matières ».

 

         La livraison se fit le 29 juin 1953, pour la somme forfaitaire de 734.000 francs, la réception des travaux le 2août 1953.

 

Pour l’électrification, il fallut faire un nouveau branchement EDF quatre fils, devant desservir un compteur FM 10 Ampères pour la somme de 4.738 francs, fourniture et pose, total 43.198 francs, avec la participation des «  Travaux Généraux d’équipement électrique du Pays ». M. André Claudel électricien à Vagney présente une facture de 75.632 francs pour les travaux électriques à l’intérieure de l’église en date du 30 juillet 1953.

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         Les Etablissements Mamias assurent les révisions annuelles de cette horloge, (dont une en juillet 1956).

 

         Le 09 septembre1959 le conseil accepte la visite annuelle pour la somme de 10.980 francs. En 1965, le 25 octobre ils font part par un courrier, la création d’une agence recouvrant l’Alsace –Lorraine avec pour agent M. A. Didelot de Sarrebourg, Moselle.

 

         Le quatre juin 1965, l’installation de sonnerie électrique est détériorée suite à un coup de foudre, ce n’était pas le premier que notre clocher subissait et ce n’était pas non plus le dernier, M. Guy Petitjean de Lassus, Le Clerjus l’a remise en état, facture du 25.10. 1965. M. Henri Gaillemin, architecte annonce l’acceptation d’une indemnité de 1669,26 francs concernant le sinistre, lettre du 16.04.1966. Pour la petite histoire, M. Petitjean a inscrit son nom dans mon flan intérieur.

 

         Nouvel événement, l’horloge électrique qui se trouve toujours à sa place, mais n’est plus en fonction depuis l’installation, modernisme, facilité, entretien, précision obligent  d’une horloge radiocommandée, qui pilote les heures aux cadrans et les sonneries, voici déjà quelques années. 

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         Un nouveau contrat d’entretien annuel est signé le 04.02.1972, avec la société Hennequin Frères de Champlite, Haute-Saône, à raison de 125 francs l’an. (Archive des Vosges –Délibérations du conseil municipal de Ruaux).

 

         De nos jours, ce sont les Etablissements François Chrétien de Vandoeuvre, Meurthe et Moselle qui travaillent à notre service comme ces jours de début décembre 2009, ou mes deux sœurs, suite au problème d’axe de mouvement rencontré par la moyenne se virent offrir un « mouton » en fer, une poulie d’entraînement et des roulements, tous neufs ; tout comme moi voilà je ne sais plus combien de temps. Les puristes pourront  s’en offusquer, nous sommes tellement plus jolies avec notre traditionnel mouton en bois, mouton qui nous sert de contre balancement, mais le métal peut- être apporte une longévité plus importante. Une pièce de bois s’interpose entre nos anneaux, que l’on appelle anses ou anseaux et la poutrelle de fer, le tout maintenue par des brides pour la qualité de notre note. Ainsi parées, nous voilà parties pour de très nombreuses années, dévouées tant que vous le voudrez…..

 

         Entre autres sonneurs, je ne souviens du dernier : M. Emile Valentin.

         Chargé des sonneries civiles et du remontage de l’horloge ; suite à sa réclamation le conseil municipal lui porte ses indemnités à 3000 fr. par an. (06.07.1945). C’est lui, qui achète la ferraille provenant de la vieille horloge de l’église, lorsque le deux août 1953 le conseil autorise M. le maire à le faire. Car « Mimile d’Eloi » comme il était nommé, horloger, amoureux de mécanique ne pouvait pas l’abandonner. Il la remonta dans sa maison, qui se trouvait à l’emplacement de la nouvelle mairie, donnant l’heure, un cadran l’ornait sur le côté perpendiculaire à la route. Je ne sais pas depuis ce qu’est devenue cette vieille amie la première horloge.

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         J’aurais encore beaucoup à vous dire, mais nous voilà, arrivée au terme des souvenirs de ma vie propre, et de celle de mes sœurs, et de ce qui nous a fait, et nous fait vivre… vous ne pardonnerez, au vu de mon grand âge les lacunes de ma mémoire, mes radotages, mes imprécisions, les petits détails sans grandes importances…, ma philosophie…

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           Bibliographie :

 

(1) Annales de la Société d’émulation du département des Vosges 1929-1930.Epinal, imprimerie Fricotel. 1931. «  L’église Saint Pierre, des Dames de Remiremont » (Georges Durand).

(1-a)Compte de la fabrique 1678. Archive des Vosges. G 1482.  

(2) Anciennes cloches Vosgiennes. (XV°-XVIII° siècle (André Philippe).

(3) Réponse de la Dame de Lenoncourt, Dame secrette de l’Insigne Chapitre de Remiremont au mémoire du Marquis de Gournay. (Bibliothèque de Remiremont).

(4) Département des Vosges. Documents relatifs à la vente des biens nationaux. Léon Schwab.

(5) La revue Lorraine populaire n°54 10-1984.

(6) Histoire des diocèses de Toul, de Nançy et de Saint-Dié. (T III 1903 livre XVI p 144)

(7) La Révolution à Plombières les Bains. Roland Conilleau. Musée de Plombières les bains.

(8) Internet

(9) En passant par Plombières…Viens à Ruaux.Marcel Valzer.Imp. Feuillard Charmes-1984-

(10) Notes sur « Histoire de Ruaux pendant la Révolution » (Arch. cure de Ruaux).

(11) A.D.V. RUAUX 405-0.4 EGLISE 1818-1898

(12) Internet –L’art campanaire en lorraine au XIXème siècle ou l’alliance inavouée de la tradition et de l’innovation. Mireille-Bénédicte Bouvet. Conservateur régional de Lorraine.

(13) Etudes campanaires mosellanes de l’abbé R. S. Bour. (2 tomes 1947-1951).Ed. Alsatia, Colmar.

 

(A)   L’histoire de Remiremont- Abel Mathieu. Ed. du Sapin d’Or. Epinal 1984 et les Chanoinesses de Remiremont. Soc. D’histoire de Remiremont- Françoise Boquillon. 4° trim. 2000. imp. Sailley. Le Thillot.

(B) Le Petit Larousse illustré)]

 

.Les cloches de l'Eglise Saint Jean-Baptiste de Ruaux 88370 Plombieres les Bains.

 

 - Remerciement à Régis pour le travail de recherche -

 

- Nous allons prochainement essayer de vous faire une meilleure video des cloches qui sonnent à la volée -

 

Voir aussi:
Eglise De Ruaux Grés des Vosges

La Chapelle de Ruaux

Les Vitraux Eglise de Ruaux

Publié dans Patrimoine-Ruaux-88370

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Anne Bard 20/05/2010 18:13


Bravo. ce travail est remarquable et à la disposition de tout un chacun.
Merci
Cordialement
Anne


Le Ruaudais d'adoption 21/05/2010 11:23



Merci Anne,


Content que ce blog vous plaise. En esperant avoir contribué à votre travail de recherche.


Bonne journée à vous. Cordialement . Le ruaudais d'adoption.



manu 05/05/2010 17:15


parfait,je n'ai qu'un mot à dire, parfait,comme d'habitude;


Le Ruaudais d'adoption 06/05/2010 09:36



Bonjour Manu,


Trés heureux que cet article vous plaise.


Bonne visite sur http://ruaux.over-blog.com



Nico 20/04/2010 11:20


Super article, qui a dû demander beaucoup de travail aux archives et bibliothèque!
Même n'étant pas de Ruaux, je trouve cela très intéressant. Bonne continuation.
Nico


Le Ruaudais d'adoption 20/04/2010 18:23



Merci Nico,


Travail de recherche effectué par Régis un Ruaudais pure souche et la mise en ligne par mes soins.Nous avons d'autres articles à venir.Nous sommes heureux que celui ci vous plaise.


Bonne visite sur http://ruaux.over-blog.com



Roger 19/04/2010 11:47


très bel article consacré aux cloches de ruaux ! continuez votre blog il est très sympathique.


Le Ruaudais d'adoption 20/04/2010 08:54



Merci Roger,


Content que cet article vous plaise.Bonne visite sur http://ruaux.over-blog.com